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Sens et viabilité des nouvelles formes de production non-capitaliste: quelques résultats de recherche sur l’économie solidaire au Brésil
by
Luiz Inácio Germany Gaiger
Universidade do Vale do Rio dos Sinos - São Leopoldo, Brazil
Dans plusieurs pays, on fait constat aujourd’hui d’un appréciable essor d’initiatives de production et d’organisation de services sociaux, fondées sur la libre association et sur des principes de cooperátion et d’autogestion. Economie sociale au Nord (Favreau, Laville, Defourny), économie solidaire au Sud (Santos, Singer, Nyssens), du fait de son ampleur et son importance croissante ce phénomène a impulsionné des actions visant à promouvoir de telles expériences comme alternatives concrètes à la logique marchande et aux tendances d’exclusion sociale. Du même coup, il a suscité des débats à propos de ses causes explicatives et de sa portée pour la construction d’une véritable alternative de développement, local et global, vu l’incapacité structurelle du système dominant pour apporter du bien être, à courte et à longue échéance, à tous ceux qui vivent de leur travail.
Cette communication s’inscrit dans la filière des études qui, tout en tenant compte des besoins et des contexts divers où ces initiatives prennent racine, essaient de vérifier dans quelle mesure une autre logique de production se met effectivement en place, qui serait la base de changements plus amples, avec des réflexes dans le champ des politiques publiques et dans les rapports de force qui définissent aujourd’hui les grands axes de la société. Pour ce faire, elle prend appui sur une recherche empirique comparée (1999 – 2003), portant sur les entreprises économiques solidaires qui se répandent dans de différentes régions au Brésil. Première étude à l’échelle nationale dans le domaine, la recheche a eu pour but de saisir les conditions d’émergence des entreprises solidaires, d’identifier leurs traits majeurs et innovateurs et de dégager les facteurs qui assurent leur viabilité économique, sans perte de leur nature autogestionnaire et coopérative. Après avoir dressé un tableau général de l’économie solidaire, moyennant un recueil de données auprès d’environ 120 expériences, la recherche s’est consacrée à des études de cas dans quelques secteurs représentatifs de l’économie solidaire, notamment la petite production agricole, l’industrie de vêtements et de chaussures et le traitement et récyclage des déchets urbains.
Les résultats démontrent qu’il y a une revitalisation d’expériences anciennes de solidarisme économique, à l’exemple des formes d’entraide et des coopératives rurales de production, en même temps qu’une expansion de nouvelles branches associatives et de tout un ensemble d’initiatives locales. Les formules d’organisation adoptées présentent, à des niveaux variés, un caractère collectif dans la possession des moyens de production, dans le processus de travail et dans la gestion de l’entreprise. Elles réduisent la présence des relations salariées, aussi bien que l’écart entre le travailleur et le produit de son travail, en entraînant de surcroît un plus grand engagement autour des problèmes de la communauté et des luttes citoyennes.
Sur ce fond de diversité, il importe de saisir le sens de ces expériences pour l’économie des travailleurs et pour la mise sur pied d’autres rapports durables de production et de travail. La recherche permet de conclure que, certaines conditions données étant remplies et malgré des limites à escompter, les entreprises associatives parviennent à rendre compatible et à renforcer la coopération au travail et la rentabilité économique, si bien qu’elles atteignent des taux d’accumulation qui les habilitent à un processus de croissance endogène, suivant une rationalité économique propre, assise sur un certain nombre de circuits: d’un côté, la gestion partagée inibe les tendances à rétablir la division sociale du travail, ainsi que les pratiques non égalitaires, renforce les liens de confiance et prédispose au zèle et à l’efficience; de l’autre côté, le travail partagé remet en cause l’inévitabilité de la division technique du travail, favorise la polyvalence et la souplesse dans le processus productif et incite à la participation dans la gestion. L’identité collective qui en découle a comme effet de mettre en valeur l’entreprise solidaire dans le marché politique et économique où il est question de disputer et d’acquérir des ressources décisives, y compris de la reconnaissance.
L’union des forces et des aptitudes fonctionne donc comme moteur de l’entreprise solidaire. La coopération et l’autogestion ne constituent pas seulement une option pour la solidarité, mais aussi un levier rendant ces entreprises plus performantes et plus attirantes que leurs concurrents capitalistes. D’après la théorie marxienne des formes économiques et de leur transition (Godelier), il s’agirait d’envisager l’évenement d’une nouvelle forme sociale de production, fondée sur le travail associé et sur le nouveau sens dont il revêt, pour les membres des entreprises solidaires et pour la place de l’économique dans la société.
Date received: October 9, 2003
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